201911.08

Il peut paraître surprenant de lire un texte mettant l’accent sur le côté humain du transfert d’entreprise sur le site d’un cabinet d’avocats spécialisés en droit des affaires. C’est méconnaître le rôle que l’avocat d’affaires est appelé à jouer auprès de ses clients, particulièrement dans un contexte de transfert d’entreprise.

L’avocat d’affaires n’est pas un simple technicien du droit. C’est un conseiller d’affaires. Son intervention embrasse l’ensemble de la réalité de l’entreprise. Bien entendu, il doit être capable de jeter un regard objectif sur toute situation, afin de guider son client dans les méandres de l’encadrement légal. Mais il doit aussi se montrer sensible aux enjeux commerciaux et humains qui peuplent la vie de l’entreprise et celle de l’entrepreneur. Prenons ici l’exemple de Nancy et Joe qui souhaiteraient que leur fils unique, Neil, reprenne les rênes de l’entreprise familiale.  Cependant, Neil désire poursuivre ses études universitaires et envisage même une carrière dans un tout autre domaine. L’avocat d’affaires aura comme rôle d’aider à satisfaire les attentes financières de ses clients lors du processus de vente de leur entreprise, tout en demeurant emphatique aux tensions qui pourraient naître de cette situation familiale.

Les défis du cédant

L’expérience démontre que le succès d’un transfert d’entreprise dépend de la capacité des intervenants à prendre en considération les aspects humains de ce processus. Cela débute avec le cédant. C’est souvent le fondateur de l’entreprise, mais ce peut aussi être la personne qui l’a fait fructifier durant plusieurs années. Le cédant a généralement un haut degré d’engagement émotif par rapport à son entreprise. C’est d’ailleurs souvent cet engagement qui explique le succès qu’a connu l’entreprise sous sa gouverne.

Pour le cédant, le lancement d’un processus de transfert implique donc l’amorce d’un détachement au plan personnel et émotif. Dans certains cas, le cédant doit même passer par une réflexion sur ce qui donne un sens à sa vie et ce qui lui procure du bonheur. Il doit non seulement se mettre dans un état d’esprit qui lui permettra de laisser l’entreprise derrière lui, mais il doit aussi considérer la manière dont il organisera sa vie par la suite. Ce processus présente de grandes ressemblances avec la préparation à la retraite de toute personne active. Dans le cas des entrepreneurs, cet exercice est encore plus crucial, compte tenu du haut degré d’énergie et d’action qui les caractérise.

Ceux de sa famille

Il est fréquent que la famille du cédant soit elle aussi impliquée dans l’entreprise, que ce soit les enfants qui passent une partie de leur temps libre à l’entreprise familiale, ou un membre de la parenté qui y travaillerait à temps plein. Là aussi on trouvera des enjeux humains. La perspective de voir le cédant se retirer de la gestion de l’entreprise peut être une cause d’insécurité pour les membres de sa famille. Le transfert se fera-t-il à l’intérieur ou à l’extérieur de la famille? Le patrimoine familial sera-t-il mis à risque? Comment seront choisis les membres de la relève?

À ces questions peuvent se superposer des conflits ouverts ou latents entre les membres de la famille. Il est nécessaire d’en tenir compte, afin de faciliter le processus de transfert et d’en maximiser les chances de succès. Il en va de l’intérêt aussi bien du cédant que du repreneur.

Le parcours du repreneur

Le processus de transfert comporte également son lot de défis pour le repreneur. Il est important pour celui-ci de bien se connaître. Quelles sont ses forces et ses faiblesses? Où sont ses intérêts? Qu’est-ce qui suscite son enthousiasme? Quelles sont ses passions? Est-il prêt émotivement à faire face à la pression que comporte le fait d’assumer le leadership de l’entreprise? Qui seront les personnes-clés qu’il impliquera dans son projet?

En plus de bien se connaître, le repreneur doit être capable de faire preuve d’empathie envers le cédant et, le cas échéant, envers la famille impliquée dans la propriété de l’entreprise. Le défi est d’autant plus grand, que le repreneur peut avoir affaire à un cédant qui n’a pas encore complété sa propre prise de conscience. Or, il en va de l’intérêt du repreneur de voir à ce que le processus de transfert ne soit pas affecté par les blocages inconscients du cédant.

Les employés et autres partenaires

Les enjeux humains ne se limitent pas au cédant et au repreneur, ni à leur famille. Le changement de contrôle de l’entreprise provoquera des transformations dans l’entreprise. Il faut donc être prêt à gérer le changement.

On doit anticiper les réactions des employés. Ces derniers passeront par différents stades de préoccupation. Ils auront besoin d’être rassurés quant à leur avenir au sein de l’entreprise. Dans certains cas, ils vivront peut-être des conflits de loyauté entre le cédant et le repreneur. Passé ce stade, ils auront besoin de comprendre les changements proposés et de recevoir le support nécessaire pour s’y ajuster. Pour gérer toutes ces préoccupations, il sera nécessaire de mettre en place un plan de communication. La communication doit devenir une des priorités du repreneur afin de diminuer les craintes des employés en répondant adéquatement à leurs préoccupations. Il est trop facile de se laisser emporter par l’excitation du projet et d’oublier par la suite que nos employés sont eux aussi des humains, avec leurs propres sentiments.

D’autres partenaires auront sans doute besoin d’être rassurés. Pensons aux clients et aux fournisseurs de l’entreprise. Là encore, le repreneur, et parfois le cédant, devra faire preuve d’empathie pour s’assurer du succès de transfert.

Des ressources et des experts

Afin de bien gérer les aspects humains du transfert d’entreprise, on aura avantage à faire appel à des ressources et à des experts. Le Centre de transfert d’entreprise (CTEQ) offre de l’accompagnement aux cédants et aux repreneurs. Il est possible de consulter le site du CTEQ à l’adresse suivante : www.ctequebec.com.

De nombreux experts offrent leur appui aux cédants, aux repreneurs et aux familles en affaires. Psychologues, conseillers en développement organisationnel et spécialistes des ressources humaines offrent des services permettant de gérer certains aspects humains du transfert d’entreprise. Il est possible également de faire appel à un avocat d’affaires spécialisé en transfert d’entreprise ou en médiation commerciale. L’avantage qu’offre l’avocat d’affaires est qu’il est en mesure de considérer l’ensemble des questions à aborder et d’offrir des moyens permettant d’y apporter des solutions durables. Vous trouverez des experts spécialisés en transfert d’entreprise en utilisant L’Index à l’adresse suivante : www.ctequebec.com/lindex/ .

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Photo de Aarón Blanco Tejedor à Unsplash