201810.17

Voici un cas typique : Claude, après avoir fondé une belle entreprise et en avoir assuré la croissance au cours des trente, quarante dernières années, s’apprête à prendre sa retraite. Mais voilà : Claude n’a pas de relève ni d’acheteur. Claude risque donc de devoir liquider son entreprise et, du même coup, voir s’envoler la plus grande partie de son capital. Jusque-là, c’est le problème de Claude, n’est-ce pas?

Mais c’est oublier le sort de Paul, Michèle, Samuel, Moustafa et des dizaines d’autres, qui verront leur emploi disparaître. Du coup, ils et elles perdront non seulement leur source de revenus, mais une grande partie de leur vie sociale.

Or, c’est le sort qui menace quelque 38 000 entreprises au cours des dix prochaines années.[i] Au-delà des malheurs individuels, c’est la stabilité même de notre économie qui est en jeu.

Pendant ce temps, la nouvelle génération n’a jamais été aussi attirée par l’entrepreneuriat. Selon l’Indice entrepreneurial québécois, développé par le Réseau M, les intentions entrepreneuriales ont triplé entre 2009 et 2016.[ii] En 2017, les femmes étaient presque aussi nombreuses que les hommes chez les jeunes et les nouveaux entrepreneurs, témoignant d’une progression appréciable vers la parité.[iii]

Dans ce contexte, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse sauver la majorité des entreprises établies. Mais pour cela, il faut que les nouveaux entrepreneurs envisagent la reprise d’une entreprise existante comme une alternative attrayante à la fondation d’une nouvelle entreprise.

Mettre sa maison en ordre

Le propriétaire qui désire éviter de devoir liquider son entreprise doit d’abord s’assurer qu’elle soit attirante pour un éventuel repreneur. Pour cela, il faut s’assurer que ses états financiers en reflètent la véritable valeur. Ceux et celles qui auront choisi des stratégies visant à limiter les profits pour éviter de payer trop d’impôts auront à ce sujet la tâche plus difficile que les propriétaires capables de démontrer, chiffres à l’appui, que leur entreprise est rentable.

Il faut aussi aider un acquéreur éventuel à bien évaluer son risque. Comme tout investisseur, cet acquéreur voudra autant que possible limiter son risque et s’assurer de rentabiliser son investissement. Le vendeur voudra donc être bien préparé pour l’inévitable étable de diligence raisonnable. Rappelons que cette étape est celle où l’acquéreur révise la situation financière et légale de l’entreprise. Puisque l’acquéreur voudra confirmer que l’entreprise est dûment constituée, qu’elle est propriétaire de ses actifs, qu’elle s’est acquittée de toutes ses obligations légales et contractuelles, bref, qu’elle ne risque pas de faire l’objet d’une série de poursuites judiciaires et de saisies au lendemain de la vente, le vendeur aura tout intérêt à travailler avec ses avocats d’affaires pour bien préparer le terrain.

Trouver le repreneur

L’entreprise peut bien être en bonne situation financière et légale, si personne ne sait qu’elle est à vendre, il peut être difficile de trouver le bon acheteur. Il faut toutefois y penser à deux fois avant de crier sur les toits qu’on veut vendre sa compagnie. Il faut en effet penser à ce que sera la réaction des clients, des employés, des fournisseurs et des compétiteurs, sans parler de celle de la banque.

Différentes avenues s’offrent au vendeur. Parmi celles-ci, le recours à une firme d’avocats d’affaires constitue un moyen de choix. L’avocat d’affaires, par ses contacts, pourra vous mettre en communication avec un acquéreur potentiel. Il peut aussi approcher à votre demande une entreprise active dans votre industrie pour sonder son intérêt à procéder à une acquisition. De cette manière, le vendeur peut prendre contact de manière anonyme avec un compétiteur, sans que celui-ci connaisse l’identité de l’entreprise à vendre avant de s’être engagé formellement à assurer la confidentialité des pourparlers.

Parfois, on cherche très loin ce qui se trouve juste sous nos yeux. Il est très possible que vos meilleurs acheteurs soient vos propres employés. Après tout, ils connaissent votre entreprise presque aussi bien que vous. Et en faisant l’acquisition de leur employeur, ils s’assurent de conserver leurs emplois.

Il peut s’agir d’un de vos employés clés, ou encore de vos cadres. La négociation doit alors être menée avec doigté et diplomatie. Votre avocat d’affaires est normalement un négociateur chevronné et il bénéficie du recul qui peut parfois faire défaut au fondateur de l’entreprise.

Il ne faut pas écarter vos autres employés comme repreneurs potentiels. Grâce à des formes modernes d’organisation, par exemple les coopératives de travailleurs actionnaires, vos employés peuvent répartir entre eux le risque financier, tout en mettant en place une gouvernance capable de réagir avec la souplesse nécessaire dans la gestion commerciale de l’entreprise. Dans certaines conditions, ce sont vos clients qui pourraient être vos meilleurs repreneurs. Par le biais d’autres formes de coopératives, telles que les coopératives de bénéficiaires, ils peuvent se porter acquéreurs de votre entreprise en vue de s’assurer de pouvoir continuer à en recevoir les services. Votre avocat d’affaires pourra vous aider à envisager divers scénarios pour que vous puissiez dénicher les acquéreurs les plus à même d’apprécier la valeur de votre entreprise.

Pour l’acquéreur

L’entrepreneur qui désire acquérir une entreprise existante compte bien entendu bénéficier du fait que celle-ci occupe déjà une place dans le marché. Ce faisant, l’acquéreur peut avancer beaucoup plus vite que s’il avait opté pour la création de toute pièce d’une nouvelle entreprise.

Il faut toutefois éviter de se laisser tromper par les apparences ou s’aveugler soit même en tenant les choses pour acquises sans vérification. Ici, une saine dose de doute peut vous éviter bien des soucis.

Votre avocat d’affaires vous aidera à poser les bonnes questions. Qui est le véritable propriétaire des actifs servant à l’entreprise? Ces actifs sont-ils libres de toute charge? Qui sont les employés clés? Sont-ils liés à l’entreprise par un contrat écrit contenant une clause valide de non-concurrence et de non-sollicitation? Quelles sont les relations entre l’entreprise et ses fournisseurs? L’entreprise a-t-elle dû rappeler de ses produits ou risque-t-elle de devoir le faire? Etc.

Une solution avantageuse lorsqu’elle est bien faite

Que ce soit pour le vendeur qui veut réaliser la pleine valeur du capital accumulé dans l’entreprise, l’acquéreur qui veut rapidement devenir un leader dans l’industrie ou encore les travailleurs qui veulent préserver leur source d’emploi, le repreneuriat constitue un outil formidable. Il recèle toutefois son lot d’embûches. Pour bien réussir, rien ne remplace la préparation et le travail professionnel. C’est en cela que vous aurez tout avantage à rechercher les services d’un avocat d’affaires d’expérience.


[i] Charest, Mathieu, « 38 000 entreprises cherchent repreneurs », dans Les Affaires, 19 mai 2017.

[ii] Ibanescu, Mihai et al. Croissance et internationalisation : les quatre profils de l’entrepreneur québécois sous la loupe. Indice entrepreneurial québécois 2016 du Réseau M., 2016.

[iii]